Marie regarde les garçons parler. Ils l’amusent. Elle est présente, avec eux, avec Fleur, mais absente aussi. Elle les regarde, qui roulent un peu des mécaniques. Qui est le plus fort, le plus intéressant, le plus souriant, le plus drôle...ils fanfaronnent. Elle sait bien que c’est pour elle. Qu’elle est au centre de leurs gestes, quand ils miment avec leur main une anecdote, une petite affaire passée ou présente, un souvenir, qu’ils ont eu ensemble. Par moment, dans cette douce soirée d’août, sur cette terrasse de restaurant du bord de l’Oise, Fleur gémit un peu. Marie la prend dans ses bras. Son tout petit bébé. Elle la berce. La rivière, doucement, s’étale entre les arcs du pont, renvoyant par reflet des étincelles de lumière.
Au tout début, Marie avait pensé à Rose. Une jolie rose, rose comme les joues d’une enfant, qui court au grand air. Mais Fleur, c’est toutes les roses, et les jacinthes aussi, les anémones, les giroflées, les orchidées, les fleurs rares et les fleurs des champs. Marie avait souhaité que sa fille soit toutes les fleurs, et pas seulement une rose, qu’elle soit celles qui grandissent à la volée, dans les vents frais, et celles qui s’étalent avec luxe aux bras des arbres tropicaux, les roses et les blanches, les jaunes et les rouges, les petits myosotis aux bleus de ses yeux, et les grands dahlias fiers, les lys des rois et les fleurs d’aubépine, pleine de rosée.
Fleur te ressemble beaucoup, Marie ! C’est Jean, soudain, qui s’exclame.
Marie, ça la fait toujours sourire ! Sacré Jean ! C’est le plus jeune des trois garçons. Le petit frère de Mathieu. Un peu son petit frère à elle aussi. Depuis le temps qu’elle le connaît Mathieu. A la maternelle, déjà, ils se tenaient par la main. Ils se marieraient quand ils seraient grands, disait Mathieu ! Mathieu ! Oh, en primaire, ce n’était plus la même histoire. Une année, amis, une année, fâchés. Ils n’ont jamais su pourquoi, avant de se perdre de vue au collège, puis de se retrouver au lycée, en prépa. Ils avaient bossés ensemble comme des dingues... Sacré Jean !
Marc en rigole à son tour ! Comment tu peux dire ça ! Tu reconnais Marie, toi, dans ce petit bébé. Dodo, lolo, dodo ! Eh, Fleur, qu’est-ce que t’en penses ?
Marc est le plus fort, le plus sportif, le plus musclé, le plus fier. Elle l’a connu plus tard, quand ses parents se sont installés ici. Très brun, un père du sud. Son rêve, la cuisine du midi. Toujours ça en tête, d’ailleurs, monter son resto. Mathieu et Marc, que tout opposent. L’intello, d’un côté, consultant de je ne sais plus quel cabinet international, et de l’autre, le manuel dans l’âme, qui s’ennuie à mourir dans son école de marketing. Il fait cela pour faire plaisir à son vieux père, elle le sait bien, qui lui soutient qu’il le remerciera ensuite, quand il devra gérer cinq cents couverts dans un cinq étoiles. Loin de ses rêves de petite gargote au bord de la mer, où les poissons grillés se pêchent le matin.
Penser à ses rêves à lui la ramène à ses rêves à elle, qui maintenant deviennent leurs rêves à elles, à Fleur et à elle, Marie. Quel avenir pour Fleur ? La petite pleurniche un peu, en tordant sa bouche d’une drôle de manière, comme si elle pensait aussi à tout cela. Un mois que ce nouveau monde défilait devant ses yeux, mais qu’en penser ? Qu’en croire ? Qu’en attendre ? Ce monde est-il fait pour les bébés ? Marie frissonne. La nuit fraîchit peut-être. Elle enfile son gilet, et garde Fleur lovée contre sa poitrine, qui s’endort, comme rassurée.


Bonjour Page
(dont je n'arrive pas à déterminer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme ... Frédéric, c'est un nom d'homme, mais un homme qui lit Clarissa Pinkola Estes ... rarissime!)
bref
j'aime ce premier texte, son passage sur le choix d'un prénom a des échos très personnels en moi ...
si j'ai bien compris, c'est le début d'une histoire
alors je vais lire, mais doucement, car j'ai beaucoup de mal à me concentrer sur des lectures longues en ce moment.
à bientôt!
;)
Rédigé par : mariev | samedi 27 sep 2008 à 10:06
Bonjour Mariev, merci pour ces premières impressions.
Rarissime, je ne sais pas, mais nous avons sans doute tous en nous une part de féminité, qu'il faut savoir re-trouver. Après un long chemin d'erreurs, la lecture de CPE est comme un coup de poing en pleine face, salutaire!
Frédéric
Bonjour Page
(dont je n'arrive pas à déterminer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme ... Frédéric, c'est un nom d'homme, mais un homme qui lit Clarissa Pinkola Estes ... rarissime!)
bref
j'aime ce premier texte, son passage sur le choix d'un prénom a des échos très personnels en moi ...
si j'ai bien compris, c'est le début d'une histoire
alors je vais lire, mais doucement, car j'ai beaucoup de mal à me concentrer sur des lectures longues en ce moment.
à bientôt!
;)
Rédigé par : mariev | samedi 27 sep 2008 à 10:07