La cérémonie passée, fourbue, éreintée par cette folle semaine, elle revenait au vestiaire avec Agathe-Aglaé. Un homme mince, aux cheveux poivre et sel, couleur de loup, un rictus affamé collé sur ses lèvres, dévoilait curieusement les dents, au milieu du couloir qui serpentait sous le Stade de France. Un badge officiel pendait avec négligence à son cou. Il leur serra la main.
Je suis Luc Morel. Bravo Lola ! Je suis le Directeur Technique de l’équipe féminine française de demi-fond. Tu as fait un parcours exceptionnel dans ces championnats du monde ! Je vais m’occuper de toi pour la préparation aux Jeux Olympiques de Londres. Tu es devenue notre plus grande chance de médaille féminine. Je t’intégrerai à l’équipe actuelle.
Agathe-Aglaé se taisait. Lola roulait de grands yeux interrogateurs.
Mais, c’est Agathe-Aglaé mon entraîneur ! Se récriait-elle.
Bien sûr ! Mais maintenant, tu n’es plus junior. La Fédération a le devoir de suivre ta carrière. Mademoiselle François appartient à l’Education Nationale, pas à la Fédération. Mais je l’autoriserai à m’accompagner dans les entraînements, bien sûr ! Précisait Luc Morel, sur le ton de la confidence, avec force clins d’œil et gestes doucereux.
Lola détestait le poids de sa main, sur son épaule, pendant qu’il lui parlait.
Elle promena sa victoire tout l’été, de meeting en meeting. Son portrait fleurit sur les chambres des jeunes filles, détrônant d’un coup quelques chanteuses du même âge. Elle monopolisait malgré elle les émissions débiles des soirées télévisées, apprit à parler pour ne rien dire, sourire à des animateurs méchants, éviter l’haleine avinée d’invités bavards, sans se faire aucun ami dans les paillettes tristes et usées du show-business. A Noël, elle devint la révélation de l’année, fit une nouvelle fois la une de l’Equipe et du magazine Elle, participa aux faux réveillons enregistrés de la Une et de la deux.
Lola fatiguait.
En janvier, Agathe-Aglaé partit en Guadeloupe, pour veiller sur sa grand-mère malade. Elle y resta. Le printemps pluvieux et gris emmena Lola vers sa préparation aux Jeux Olympiques de Londres. Morel, en survêtement rouge, sifflait, frappait dans les mains, criait, donnait des ordres, s’époumonait pour un rien, prenant son équipe de filles pour une bande d’idiotes. Sans compter les allusions, toujours ses petits clins d’œil, ses mains baladeuses sur les fesses de l’une, ou l’épaule d’une autre.
Lola se lassait.


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