A sa descente du bus 21, Armance Desnoizel se demande si cette amniocentèse, finalement, est une aussi bonne idée que cela. Prise dans l’étau de ses pensées, elle ne prête guère d’attention à ses pas qui l’emmènent au Jardin du Luxembourg. La fine lumière de mai distille autour des gravillons blancs une ombre violette, rendant à chaque petit caillou une existence propre, tangible. Les proportions se mélangent, comme dans un tableau de Picasso, les arbres, ramassés sur eux-mêmes, peinent à jaillir vers le ciel, alors que d’énormes tourterelles s’envolent dans un nuage de poussière lourde, opaque, qu’Armance traverse dans un rêve. Le contact de la chaise sur ses fesses la tire vers les images rieuses des enfants qui courent autour du point d’eau.
La vibration insidieuse de son portable résonne dans son sac à main. Un SMS de Pascal, cours, concis, efficace, comme d’habitude. Même si aujourd’hui, elle pense qu’un peu de sa voix, le mélange subtil des silences et des mots, lui ferait du bien. Elle le voit sortir d’une salle aux murs beiges. Des fauteuils de cuirs noirs, évasés. Avant d’entrer dans une autre, avec son ordinateur portable brûlant, des chiffres plein la tête. Juste l’interstice de temps pour elle. Juste ce qu’il faut.
« Alors ? », crie le SMS.
Un homme au visage bronzé racle les pieds d’une chaise pour s’approcher. Ses petites boucles d’argent retombent sur sa nuque avec élégance. Il se penche vers elle, dans une délicatesse extrême, son profil découpe sur le soleil printanier un sourire enjôleur.
Quel temps magnifique ! N’est-ce pas un tableau de Monnet ? Ces enfants pleins de couleurs ?
Je suis enceinte et j’ai quarante ans, dit Armance d’un ton neutre, derrière ses lunettes noires.
Vous ne les faîtes pas, s’exclame l’homme en s’éloignant, non, pas du tout ! Vous êtes céleste, ajoute-t-il, dans une sorte de révérence, avant de disparaître.
« Alors rien. », répond-elle au SMS. « Je ne sais plus. »
Oui, un tableau de Monnet, médite-t-elle. Les tâches rouges, jaunes, mauves des fleurs, se mélangent aux traînées blanches des enfants. Des groupes de femmes s’agglutinent, sorte d’essaim bourdonnant, autour des platebandes, distribuant pains au chocolat, chaussons aux pommes ou barres de céréales. Les mouvements paraissent désordonnés, hiératiques, mais une sorte d’ordre serein émane de ce chaos, qui la rassure. Elle pose le plat de sa main sur son ventre à peine tendu, ôte ses lunettes et se laisse à fermer un peu les yeux, légèrement, juste ce qu’il faut pour laisser entrer un rai de lumière jaune entre ses cils, une lumière vibrante, chaude, qui voltige pareille à un papillon de nuit derrière l’ombre de ses paupières.


Je reviendrai lire le texte un peu plus tard dans la journée (j'ai hâte de voir ce que ça donne)
... mais en attendant, bonne année à toi! Et merci pour les dernières semaines de 2008 passées en compagnie de Habélard et Lola!
Bises
Rédigé par: Coq | jeudi 01 jan 2009 à 13:33
ah, quel enchantement de te retrouver !
je vois combien j'ai du retard, oops la la ;)
en attendant de lire Habélard et Lola, je te souhaite que 2009 soit pleine de chemins, de rivières, de filets d'air, de parfums et de musiques ... autant de sources pour tes mots si beaux, pour tes récits si justes
et puis aussi, plein de surprises !
à très bientôt
;)
Rédigé par: mariev | jeudi 01 jan 2009 à 20:57
@Coq : merci et très bonne année à toi, qu'elle te soit riche en création! Moi aussi, j'ai apprécié au plus haut point cette collaboration sur Habélard et Lola! à chaque page, l'impatience de connaître ta traduction de mes mots en dessins, de mes scènes imaginées en scènes mises en forme, en couleur.
@mariev : merci pour tes voeux et merci pour tes mots à toi aussi! une belle année pour toi, pleines de rêves et de réalisation, de poésie et de mosaïques, de soleil et de brume ...
Rédigé par: Une page par jour | vendredi 02 jan 2009 à 10:40