B.
B. sentait que la solitude devenait pesante. Non pas qu’il manquât de femmes. La vigueur de ses trente-cinq ans, un regard pénétrant, un sourire enjôleur l’amenaient souvent dans le cercle lumineux des soirées, dont il savait s’échapper à temps, entraînant dans ses filets l’amoureuse d’un soir, qui jusqu’ici s’avérait suffisante à décorer son existence. Parfois, quand son activité professionnelle l’empêchait de chasser, il procédait à quelques relations purement hygiéniques, qu’il oubliait très vite, comme la veille encore, avec cette femme de ménage africaine, qui passait chaque soir dans son bureau.
Pensif, ses yeux oscillaient entre les différents cadres qui ornaient sa table de travail. Sa moto, une fameuse Harley Davidson clinquante, aux chromes chargés d’étincelles. Sa voiture, ensuite, une puissante BMW décapotable, blanche, qu’il avait prise en photo un week-end d’été à Saint-Tropez, devant le petit port de plaisance surpeuplé et les yachts mondains. Puis, de l’autre côté, à sa gauche, l’intérieur de sa cuisine, magnifique, éclairée par un jeu de lumière savant qui semblait donner une âme à chaque élément. Son salon, ses boiseries claires, ses tapis épais, ses meubles en bois brut, dont il aimait caresser les contours. Et sa chambre, enfin, son lit en baldaquin orné de fines tentures de soie sauvages, dont il avait lui-même assuré le transport, un grand voyage qui l’avait mené jusqu’au cœur des villages du Siam. Il se leva et fit quelques pas jusqu’au baies colossales de son bureau, que la pluie battait à grands coups d’averses. Sa main, posée sur le montant métallique d’une des fenêtres, lui rappelait qu’il avait fondé cette structure, poussé par son goût immodéré de la possession, plus que par l’instinct d’entreprendre ou l’amour de la conduite des hommes. Un sentiment de griserie s’emparait de son esprit, comme chaque soir, quand, seul, au sommet de cette tour qui abritait son entreprise, il laissait son regard plonger dans Paris déjà sombre.
Mais sa décision était prise. Le matin, il avait prévenu son état-major : il serait absent la semaine suivante. Un voyage d’affaire, avait-il menti, faisant croire à ses directeurs qu’il mijotait quelque nouveau projet d’acquisition, dont il gardait le secret.
Amusé, il revint s’asseoir devant l’écran de son ordinateur et se connecta une nouvelle fois sur le site lookingforaprettywoman.com.


ben voilà, c'est posé : il a tout, mais il n'a rien ... quelque chose dans ce goût-là.
tu as le don d'accrocher d'entrée ;)
Rédigé par: mariev | lundi 26 jan 2009 à 08:48
Oui, il est vrai, j'ai pas mal travaillé ce début.
D'écrire des histoires sous forme de nouvelles est interessant, dans le sens où celà te permet de réfléchir à la construction de la nouvelle suivante, quand tu termine la nouvelle en cours.
Et peaufiner le début de l'histoire est très important, surtout si je tiens à vous conserver pendant toute la durée de l'histoire, qui peut vous amener à 3 à 4 semaines de lecture quotidienne. Si je vous ennuie dès les premières lignes, le voyage sera plus difficile ...
Encore une fois, merci de me lire dès la première publication!
Rédigé par: Une page par jour | lundi 26 jan 2009 à 10:28
Bon, alors, quel voyage va-t-il entreprendre? Et que va-t-il y apprendre? car c'est sûr qu'il va y apprendre beaucoup, sur la vie, sur les autres, sur lui-même...
La suite!! La suite!!
Rédigé par: Coq | lundi 26 jan 2009 à 12:05
Ton commentaire me fait sourire : oui, quelles sont les attentes du lecteur en découvrant les premières lignes d'une histoire? Que va-t-il y apprendre? sur la vie, sur lui-même, sur les autres?
Le lecteur voyage dans l'histoire ...
Rédigé par: Une page par jour | lundi 26 jan 2009 à 12:12
j'ai déjà envie de suivre B dans sa vie, dans ce qu'il voudrait, dans ce qu'il est vraiment, dans ce qu'il a. j'aime beaucoup le style, enlevé. dés les premiers mots, j'ai eu l'impression de commencer un bouquin de bret easton ellis (et c'est un compliment!!!)
à très vite alors!!!!!!!
Rédigé par: estelle | lundi 26 jan 2009 à 19:10
ha? va falloir que je lise Amrican Psycho, alors, mais l'histoire n'est pas la même, hein! merci en tout cas de ton compliment!
Rédigé par: Une page par jour | mardi 27 jan 2009 à 09:43