Nous regagnons les berges du fleuve. A Kiev, l’eau reste prisonnière. Les quais de pierres grises l’empêchent de s’étirer comme à Tcherkassy, dans des rêves de liberté insensée. Les vagues du rebord émettent de longues plaintes, auxquelles personne ne prête vraiment garde. Leurs soupirs restent vains. Alors, parfois, l’hiver, elles se vengent, et débordent de larmes sur les appontements, noyant quelques docks. Nous restons là, Oksana et moi, dans ce soir sombre de l’hiver, devant les masses d’eau devenues noires, qui renvoient par intermittence les faibles lueurs des lampadaires. Nous marchons en silence, main dans la main. Malgré la peau épaisse de nos gants, je sens sa chaleur qui frémit dans la mienne. Elle a posé sa joue sur mon épaule et nous cheminons, de long en large.
Quand Sergueï a pris contact avec moi, quelques semaines plus tôt, je posais encore pour Wladimir, pour gagner un peu d’argent complémentaire à ma paye de professeur de français, loin de m’assurer le nécessaire à une vie décente, pour Mère et moi. Il avait vu quelques clichés et m’assurait qu’en France, des hommes un peu seuls, parce qu’ils s’étaient donnés à fond dans leur carrière professionnelle, sans lever la tête pour s’apercevoir du temps qui passait, cherchaient à fonder une famille avec des femmes étrangères. Il avait mis en place un réseau, à l’aide de bénévoles, pour aider ces français à trouver ici, en Ukraine, des jeunes femmes cultivées, intelligentes, parlant bien français et prêtes à sauter au-delà des frontières, pour prendre en main un avenir meilleur.
Ses paroles m’avaient plues. J’en avais aussitôt parlé à Mère, qui appréciait peu les photos de Wladimir. Elle avait trouvé l’idée séduisante, même si nous devions un temps être éloignées l'une de l’autre.
Seule, Oksana s’était montrée réticente. Je l’embrasse sur le front. Elle me sourit, mais je devine dans ses yeux une grande tristesse humide, qui me brûle le cœur, comme un fer rouge.


"une grande tristesse humide, qui me brûle le coeur"
Tu es vraiment un poète!!!
Tu ne trouves pas ça merveilleux, ce moment où les mots viennent à toi, et tu les écris, et tu te dis "waouh! d'où ça me vient tout ça?" :-D
Rédigé par : Coq | samedi 31 jan 2009 à 11:09
J'ai l'impression que mon commentaire n'a pas marché...
Donc je disais...
"une grande tristesse humide, qui me brûle le coeur"
Tu es vraiment un poète!!!
Tu ne trouves pas ça merveilleux, ce moment où les mots viennent à toi, et tu les écris, et tu te dis "waouh! d'où ça me vient tout ça?" :-D
Rédigé par : Coq | samedi 31 jan 2009 à 11:14
ah bah si ça avait marché en fait :-P
Rédigé par : Coq | samedi 31 jan 2009 à 12:42
j'ai fait la même chose sur Grenadine et Coquelicot, ça buggue de partout aujourd'hui!
pour la venue des mots, j'ai l'impression que c'est inconscient, sans réel contrôle, j'ai l'image dans ma tête, le sentiment en moi, la scène devant mes yeux, et je tente de décrire tout celà, sans vraiment réfléchir, et je fais quelque modification, quand cela ne me convient pas assez, oui, c'est assez étrange ...
Rédigé par : Une page par jour | samedi 31 jan 2009 à 12:54
aïe aïe aïe ... je crains la terrible désillusion ... même si certains témoignages vus à la télé prouvent aussi la réussite parfois de cette entreprise
ceci dit, on ne sait trop encore où tu vas nous emmener ... ;)
Rédigé par : mariev | samedi 31 jan 2009 à 19:05
j'aime bien cette remarque : je tisse un fil, comme un funambule, et je vous emmène, le tout est de ne pas tomber, mais de rester en équilibre tous ensemble, jusqu'à la fin, oui, c'est celà, je crois, la magie du conteur!
Rédigé par : Une page par jour | samedi 31 jan 2009 à 19:15