Ils sont debout devant moi. Leur chef, haut, puissant, musclé. Il ressemble à Hack, avec des cheveux clairs, et un regard de ciel orageux, quand le bleu vire au violet, dans le soubresaut des vents, dans le cri des tempêtes, dans le tumulte des flots du fleuve. De ses yeux coule la vigueur de territoires nouveaux.
Derrière lui, des hommes se serrent, armés de bâtons noueux et de harpons tranchants. Leurs poings semblent énormes. Leurs muscles terribles. Leurs pieds peuvent me frapper, écraser Rio, je me recroqueville encore.
Une femme aussi se tient près d’eux, malingre, pas vraiment belle, de mon âge peut-être. Elle me regarde, regarde l’enfant, regarde les parois peintes. Un sourire ému semble parcourir ses lèvres minces, pendant que gronde la troupe des hommes. Elle se rapproche de moi. Je pourrai la toucher, attraper ses jambes frêles, l’emmener dans une chute sur le sol rugueux. Mais je me retiens. Les hommes assoiffés de massacre s’impatientent. J’entends leurs pieds qui raclent la poussière, leurs mains qui frappent leur bâton. Ils tournent leur tête vers leur chef, dans l’attente. La fille me frôle. Elle pose sa main sur la main de Klo. Mon cœur frémit. Puis elle enfile ses doigts, lentement, dans la trace des miens. Mais le contour n’est pas exact, ses doigts sont trop petits. Alors, je me lève. Sans prendre garde aux cris des hommes, au tumulte farouche, à la bousculade qui monte, dans ce fond de grotte. Je me lève, et lui montre ma main, que je pose sur mon empreinte.
Le groupe s’est tu soudain. Dans ce nouveau silence, les bêtes s’agitent, sur la paroi, les troupeaux reprennent vie. Les hommes repartent, derrière leur chef, sans fracas, sans cri.
Rio, amusé, marche à son tour, mimant la scène, armé d’une brindille souple. Pendant ce temps-là, agenouillées l’une et l’autre, la fille du fleuve et moi, nous inspectons les restes de couleurs. Je comprends qu’elle cherche du bleu, pour ajouter une rivière, et des poissons.
F I N D E L ' H I S T O I R E
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L'âme soeur, le double, le complément spirituel... Nono n'aimait pas vraiment Hack, elle ne se désole pas. Dommage. Aime-t-elle Rio, qui imite spontanément ses aînés masculins? Elle aimait Klo, qui ne partageait pas ses centres d'intérêt. Finalement, c'est avec une étrangère qu'a lieu la communion. Dans ces deux récits, les hommes ont toujours la mauvaise part: celle du pouvoir, sans sensibilité. Je ne peux pas croire qu'il soit ainsi, aujourd'hui...:)
Rédigé par : tuliquoi | jeudi 19 mar 2009 à 18:51
Alors ça y est, c'est la fin ? Une page se tourne. Un autre monde, un autre univers s'ouvre à toi et à nous. Je suppose que tu a déjà en tête une autre histoire.
Rédigé par : san-tooshy | jeudi 19 mar 2009 à 19:04
@tuliquoi : dans Nono, il y a aussi le pouvoir de la société, la pression des autres, représentée par Hack, mais aussi par toute la tribu, qui s'en va sans réfléchir dans une mission punitive irréfléchie et qui la mènera à sa perte, sauf Nono qui était restée, et qui peint sur son mur.
@San-tooshy : les univers se suivent, tous différents!
Rédigé par : Une page par jour | lundi 23 mar 2009 à 12:17