Pour lire le début de "Pierres et Natasha"
La porte refermée, Pierre se sent seul, une seconde fois. Il marche à petits pas, un peu maladroit. Il s’arrête au pied du vieil if. Etonné, il caresse l’endroit fouillis où la chair rouge de l’arbre se mélange aux pierres du mur. Pas de blessure. Non, un mariage, une boursouflure douce, heureuse, chaude sous la peau de ses doigts.
La mer s’étale au bout de la rue. De loin, il peut en distinguer les ourlets, les bosses et les creux, les crêtes blanches, immobiles, qui strient la surface infinie. Le sac sur l’épaule, il traverse la ville dans l’autre sens, devenue plus tranquille. Les touristes se massent sur les terrasses, c’est l’heure du goûter, des crêpes et des gaufres, et les marmailles se tiennent tranquilles, une paille entre les dents pour siroter leurs sodas. Pierre sifflote, heureux, sans doute, la tête imprégnée de ce petit vent frais de la marée qui monte.
La plage. Si vide, qu’il en frissonne. Malgré le printemps. Le ciel a troqué son bleu de lumière contre un gris pâle, pastel, qui s’estompe dans la morsure de la mer. Les éléments fusionnent, dans cette étreinte invisible, infinie, qu’ils cachent d’un voile, comme mus par une pudeur désuète.
Pierre s’assoit face à la mer, comme Natasha le lui a demandé, à même les galets froids, ronds et durs, multicolores, dans leurs camaïeux de gris et de bruns. La plage fait comme des vagues, elle aussi, pour imiter la mer. Les crêtes de galets ondules, frémissantes, jusqu’à se jeter dans la barre blanche du ressac, dans le hurlement diffus des cailloux bousculés par la puissance de l’eau. Plus loin, au-delà des cris d’écumes, la respiration de la mer monte, et descend, avec force, comme un monstre endormi dont la poitrine haletante résonnerait de mille combats. Le spectacle est sidérant, le mélange d’un tumulte issu des premiers mondes, et l’écho du silence. Le reste s’efface.
Recroquevillé sur lui-même, à côté de son vieux sac de sport, Pierre, au loin, comme un galet parmi les galets, attends Natasha, les yeux perdus, entre les gris liquides et les pastels gazeux, entre le ciel et la mer, entre la sève brûlante, et l’esprit minéral. Pierre.
Un grand merci à Lucie Piriou, pour cette image magnifique !


le texte est splendide, tissé de nombreuses images ...
et j'ai comme envie d'aller m'asseoir sur la plage de cailloux, là ... je le pourrais car aujourd'hui le ciel est gris, la Méditerranée est sans doute grise aussi
à demain!
;)
Rédigé par : mariev | dimanche 29 mar 2009 à 11:45
Qu'il est doux de ne rien faire,
Quand tout s'agite autour de vous...
Rédigé par : tuliquoi | dimanche 29 mar 2009 à 20:01
La contemplation... celle de la mer, celle de tes mots :-)
J'aime bien ces phrases: "Pas de blessure. Non, un mariage, une boursouflure douce, heureuse, chaude sous la peau de ses doigts." Tu ne parles pas que du mariage de l'arbre et du mur du village, mais aussi de celui de l'arbre humain qu'est Natasha et du mur de Pierre...
C'est joli...
Rédigé par : Coq | dimanche 29 mar 2009 à 23:46
Merci à vous pour vos gentils commentaires. Un appel au calme que donne la contemplation de la mer.
Rédigé par : Une page par jour | mercredi 01 avr 2009 à 12:42